Trouver son équilibre

Par Lorie-Anne Dumont

Lorsque j’ai fais mes débuts sur la voie du yoga, j’ai rapidement été habité par une grande frénésie. J’avais l’impression d’avoir trouvé une source intarissable de bien-être et de paix intérieure. J’étais étonné de découvrir que la discipline rassemblait en elle toute les choses qui me passionnent dans la vie. Surprise de constater que tout était plus fluide et naturelle dans ma vie depuis que le yoga faisait partie de mon quotidien. Heureuse de remarquer que mon corps et mon état d’esprit évoluaient pour le mieux. Le yoga est devenu le point d’ancrage vers lequel je revenais chaque fois que je me sentais égaré, que mon équilibre semblait m’échapper, que la joie se faisait plus difficile à trouver ou que mon corps se crispait d’émotions. Ma frénésie a ensuite atteint un niveau supérieur.

J’ai voulu intégrer dans ma vie toutes les facettes du yoga à la fois; les asanas, le pranayama, la méditation, les kriyas, les yamas, les niyamas, etc.  Puis, j’ai adopté plusieurs concepts issus de mes lectures sur la médecine ayurvédique et sur la science du yoga.  J’ai cessé de boire du café et de l’alcool, cessé de consommer du sucre raffiné, j’ai adopté le régime végétalien, éliminé le gluten de mon alimentation, choisis de me lever et  de me coucher à des heures régulières, éloigné les sources de rayonnements électromagnétiques de mon environnement, épuré mon espace de vie, éliminé les relations toxiques de ma vie, tenté de profiter de la nature un peu tous les jours, essayé de maîtriser mes émotions, mes désirs et mes pensées, etc. 

Un jour est ensuite venu où toutes ces «règles» furent difficiles à respecter. Entre le travail, la famille, les amis, les études et les obligations quotidiennes, il y avait toujours une raison valable pour m’empêcher de faire ma pratique ou pour me contraindre à enfreindre l’une de mes règles. Mon «code de conduite» s’est alors mis à me procurer davantage de stress que de bien-être. J’ai vu la colère et la culpabilité naitre en moi parce que je n’étais pas à la hauteur de celle que je voulais être ou que ma vie n’était pas exactement à l’image de ce que j’espérais. Jusqu’au jour où j’ai décidé que j’en avais assez d’être insatisfaite. J’ai réalisé que j’avais gaspillé beaucoup d’énergie à vouloir m’infliger des règles strictes et un code de conduite bien précis. J’ai donc choisis de faire la paix avec «ce qui est». Choisis d’accepter que je ne suis pas parfaite, en me libérant de la pression d’être «tout», tout le temps. J’ai dû prendre un temps pour évaluer ce qui me procurait réellement un sentiment de bien-être et quelle règle au contraire m’étouffait. J’ai compris que je suis déjà celle à laquelle j’aspire à être et que cette personne est en constante évolution. Tout est mouvement. La vie est perpétuellement en adaptation. L’équilibre que je croyais avoir acquit est en réalité en constant déséquilibre. Par conséquent, il devenait bien irréaliste de ma part de prétendre pouvoir être heureuse en adoptant des règles de vie si rigides.

En somme, mon équilibre se trouve quelque part entre l’intensité et le lâcher-prise.

Le yoga est, et restera toujours, mon point d’ancrage, mais je suis maintenant beaucoup plus flexible avec moi-même. Je sais à présent que la flamme du yoga, celle qui me procure autant de paix et de bien-être, ne s’élève que si elle n’est pas contrainte. Je ne m’impose plus de règles, mais je prends plutôt le temps de me questionner à chaque instant à savoir ce qui me rendrait réellement heureuse/ ce dont mon corps a vraiment besoin/ ce qui correspond le plus à ma nature profonde. C’est donc dire que oui, je suis une yogini, mais je ne suis pas aussi parfaite que les apparences pourraient le laisser croire à celui qui regarde sans voir. Il m’arrive à l’occasion de boire un verre, de manger des sushis, de passer une soirée en pyjama devant la télévision, de réchauffer mon repas au micro-ondes, de perdre patience en automobile, de céder aux désirs, de m’acheter un nouveau vêtement juste pour le plaisir de me sentir belle, etc. La vie est trop courte pour attendre. Soyons libre et heureux dès maintenant.